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Le blog de Jacques Le Bris

Abu Dhabi

26 Décembre 2007, 12:25pm

Publié par Blogmestre

 

 

Bonjour,

 

J'ai eu la chance d'exercer l'un de mes métiers dans le désert, un moyen de satisfaire ma curiosité...

 

Mes impressions :

 

- dès l'atterrissage en fin d'après midi d'été 1975, je me suis demandé pourquoi les autochtones voulaient absolument griller mes ailes... Il faisait encore pas loin de 50°C et j'ai eu l'impression que les réacteurs de l'avion étaient braqués sur moi.

 

- A peine les pattes posées, il fallu presque que je les lève accueilli que j'étais par des mitraillettes (conflit Israelo-palestinien obligeait)

 

- Au sortir de mon aire d'aterrissage, j'ai eu la surprise de voir sur la seule tache verte de l'époque dans ce désert qui était une maigre pelouse de quelques mètres carrés, une armada d'une vingtaine de tondeuses, toutes parfaitement alignées. Il m'était facile de reconnaitre là une marque allemande et le talent des Allemands pour les affaires. Ces derniers sont d'ailleurs aujourd'hui encore les plus grands exportateurs de la planète...

 

- Découverte du monde anglo-saxon avec comme boissons le thé au lait (concentré) et le Coca-cola. Il faut dire qu'après une journée de travail dans ces conditions et dans un monde sans alcool, boire un grand saladier de coca-cola avec des glaçons dans un salon climatisé, c'était le "Paradis sur terre".

 

- C'est là aussi où j'ai eu une pulsion de meurtre vis à vis d'un collègue qui m'avait conduit à voir la mort en face... Il n'avait pas voulu prendre de l'eau tant le voyage vers notre destination était court. Seulement voilà, voulant encore raccourcir ce voyage il était sorti de la piste et, suite à un mauvais réflexe au bord d'une dune, il nous avait conduit progressivement au fond d'un trou (tel celui d'une araignée) complètement ensablé. Evidemment, je m'étais épuisé à tenter dans les premières minutes de nous sortir de là, à coups non comptés de pelletés. Ensuite, je me suis assis, et je perdais progressivement conscience, et l'espoir car personne pouvait nous retrouver là en dehors de toute piste et de toute logique. Ceci d'autant que le vent s'était levé et effaçait nos traces. Je m'étais progressivement résigné à attendre cette mort sans douleur. Combien d'aventuriers sont ainsi morts secs à proximité de leur but dans le désert ?

 

Quelques règles de vie dans le désert :

 

- avoir toujours sur soi un bidon d'eau si ce n'est pour la soif, c'est pour le moral et la sérénité

 

- garer le soir venu son véhicule parallèlement à la piste et dans le sens de votre voyage ainsi au petit matin vous retrouvez sans trop de mal la piste qui aurait disparue pendant la nuit du fait d'une tempête de sable.

 

- en cas de panne, ne jamais quitter son véhicule, c'est le seul moyen d'être découvert vivant par les équipes de secours parties à votre recherche.

Ayant appliqué cette règle, c'est pourquoi je puis aujourd'hui, 39 ans après, vous le relater. Des collègues, ne nous voyant pas arriver sur les lieux de notre destination, avaient rebroussé chemin jusqu'au point où ils nous avaient vu la dernière fois et ont imaginé le parcours catastrophe.

 

- en cas de doute sur une piste, préférer suivre les traces de roues de camions car eux ont un objectif ; alors que les Bédouins surveillent en 4x4 leur cheptel de dromadaires (preuves de richesse et devenus inutiles, errant en conséquence dans le désert) et donc suivre ces traces revient à tourner en rond.

 

- Faire très attention à ces dromadaires errants, ils ont la très fâcheuse tendance à se précipiter devant votre véhicule au lieu de s'en éloigner..

 

Dromadaire.JPG

...

 

- Je me souviens des mirages devant moi qui me faisait flotter dans les airs des camions au bout des bandes d'asphalte déposées sur les dunes. Ces "routes" étaient bordées de carcasses de véhicules accidentés. Leur conducteur s'était vraisemblablement endormi au volant de son joujou et sortit de la route. Or, malheureusement les dunes avancent... Ces bandes d'asphalte bloquant sous elles leur avancement se trouvaient donc progressivement en contre phase des ondes dunaires. Les hauts de route étant au droit des creux de dunes et vice versa, on comprend mieux le danger présenté tous les 100 mètres par ces longues lignes droites désertiques.

 

- J'y ai aussi apprécié la vie ou la renaissance, car dans cet espace écrasé par le soleil, il suffit d'une petite ondée pour que la vie reprenne le dessus ; les couleurs vives, l'ocre du sable mouillé, le vert intense des quelques buissons, le bleu profond du ciel.

 

- Quel Bonheur que de passer une nuit sous les étoiles dans le désert, en prenant la précaution cependant d'être sur le toit du véhicule pour éviter les mauvaises rencontres avec les habitants, tels que les scorpions, les serpents et autres animaux de compagnie...

 

- les oh! et les ah! d'une salle de cinéma émerveillée par des paysages alpestres résonnent encore dans ma mémoire.

 

Une remarque personnelle : l'humanité que j'ai rencontrée dans le désert a complètement disparu ici en France où règne maintenant le futile et l'indifférence !

 

Cordialement

Jacques Le Bris

 

P S : Cet article porte une date antérieure à la création de ce blog, car il résulte d'un transfert en provenance d'une ancienne version de Nomao.

 


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